Outre Sabine et Thomas Grataloup et leurs deux enfants, au 1er rang, il y avait beaucoup de journalistes dans la salle d’audience du 2ème étage du palais de justice de Vienne où s’est déroulé ce jeudi 3 avril le procès dit Monsanto. Normal, le procès qu’a intenté la famille Grataloup pourrait avoir d’importantes conséquences pour le groupe Bayer, propriétaire de Monsanto à l’origine du glyphosate et qui a été assigné devant le tribunal judiciaire de Vienne. Au civil, pas en correctionnelle, précisa d’emblée la présidente.

Pour la première fois dans le monde, en effet, devant le tribunal judiciaire de Vienne, il s’agissait de malformations qui pourraient être dues au glyphosate. Et non de cancers.

Rappelons les faits : pour Sabine, sa maman, le glyphosate qu’elle a utilisé alors qu’elle était enceinte, est responsable des très graves malformations de son fils, Théo qui a dû subir très jeune une trachéotomie peu après sa naissance suite à des malformations du larynx et de l’œsophage , ainsi que plusieurs dizaines d’opérations. Elle avait en effet utilisé l’équivalent du Round Up dont le principe actif est le glyphosate, au tout début de sa grossesse, sur un terrain de 700 m2 situé sur la propriété familiale, en août 2006.

Pour ces faits, la famille Grataloup demande 30 000 euros d’avances pour des dommages et intérêts qui restent à fixer après examen médical et 10 000 euros de dédommagement pour les frais d’avocats.

Le énième procès du glyphosate

Les deux avocats parisiens de la famille Grataloup, Mes Bertrand Repolt et Alice Gourlay Duplessis se sont employés, tout à tour à la barre du tribunal à faire en fait le procès du glyphosate produit par Mansanto, firme américaine ensuite racheté par Bayer.

Et ce, en répondant aux trois questions posées par la présidente du tribunal à propos des dommages infligés à Théo qui a aujourd’hui 17 ans ( qui sont évidents) ; puis sur la mise en évidence des défauts du produit et du lien de causalité entre ledit produit, en l’occurrence du glyphosate de la marque Glyper, distributeur pour Monsanto et les malformations congénitales subies par Théo.

Pour ce faire, ils ont convoqué, aussi bien le Centre International de recherche contre le Cancer de Lyon pour qui le glyphosate est « un cancérigène probable » ; mais aussi plusieurs études scientifiques dont une très explicite concernant les dangers du glyphosate en cas de grossesse du professeur Paris. Et enfin, les fameux « Monsanto Papers » qui ont-ils expliqué , «  ont montré que Bayer connaissait les dangers du glyphosate ». Ils ont enfin, mis en évidence une campagne de « désinformation massive du groupe Bayer, à l’égard du glyphosate ».

De leur côté, les deux avocats de Bayer ont évidemment réfuté les arguments des avocats de la famille, s’appliquant à démontrer que Monsanto n’aurait en fait « jamais rien caché ».

Ils ont mis en avant « le manque de preuves avérée du produit utilisé par Sabine Grataloup », mettant en cause certaines des déclarations des témoins

Botte secrète ?

Et de sortir en fin de plaidoyer ce qu’ils pensaient être leur botte secrète : en l’occurrence, la preuve ont-ils assuré que  dans le dossier, les photos du bidon de glyphosate utilisé était postérieur aux faits incriminés, le distributeur n’étant pas le même à l’époque.

Enfin, pour  ses avocats, « en droit, rien qu’en droit, Bayer n’a rien à faire là ! »

Bref, un affrontement à la fois juridique et scientifique car ce fut une nouvelle fois le procès du glyphosate qui ressort de cette audience dense.

Le jugement a été mis en délibéré : il sera connu le 31 juillet 2025. De longs mois d’attente encore pour la famille Grataloup…

Photo : l’arrivée de Sabine Grataloup ce matin avec son fils Théo au Palais de justice de Vienne